Dossier Newsletter mars 2018

Les femmes au coeur des SCOP

Tandis que l’on compte en France seulement 25 % de dirigeantes dans les entreprises classiques, 26 % des sociétés coopératives en Occitanie (côté ex territoire Midi-Pyrénées) sont dirigées par des femmes. Un chiffre qui prouve que dans le domaine de l’économie sociale et solidaire, les femmes trouvent davantage leur place et partagent les valeurs, notamment dans le mode de management, plus participatif et égalitaire. En effet, le modèle de gouvernance démocratique joue un rôle dans l’accession des femmes aux postes à responsabilité et favorise aussi une meilleure parité homme/femme au travail, comme en témoignent Yokwé Films, Écoumène Architecture, La Maille au Personnel et Orque.

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Yokwé Films : raconter des histoires avec de belles images

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Yokwé, signifie « bonjour » aux Îles Marshall, un archipel perdu dans l’immensité de l’Océan Pacifique, de l’autre côté du monde, où Fanny Moulin et Céline Lemaire sont parties en 2013 pour réaliser leur premier film documentaire : Bravo, la bombe*.

« "De la science-fiction !” Un soir, nous cherchions des informations sur l’histoire des Îles Marshall, et ce sont les mots qui nous sont venus à l’esprit. Pourtant tout est vrai. 67 bombes nucléaires - des A, des H, des sous-marines et des aériennes - ont bien contaminé ce petit archipel. Et puis Castle Bravo. LA bombe. Une boule de feu de 11 km de diamètre. Elle a explosé le 1er mars 1954, non loin de Bikini. Les Marshallais sont ensuite devenus les cobayes d’une expérience atomique américaine. » racontent-elles.

Du courage et de l’engagement, les deux jeunes femmes n’en manquent pas ! Ni d’audace et de détermination… Elles décident en 2015 de rejoindre La Maison de l’Initiative pour lancer leur activité de production audiovisuelle. Selon elles, entreprendre et être une femme ne sont pas incompatibles, bien au contraire !

« Nous n’avons pas rencontré de frein lié à notre genre lorsque nous nous sommes lancées dans cette aventure entrepreneuriale. Il faut dire qu’à La Maison de l’Initiative, nous étions à bonne école ! Et, en réalisant les films des lauréates des Tribunes Women’s Awards, nous avons eu la chance de rencontrer des femmes aux parcours inspirants comme Miren de Lorgeril ou Fatoumata Kebe. ».

En juin 2017, une nouvelle étape de leur développement commence avec la création de la Scop SARL, et l’adhésion à l’UR avec l’envie de rencontrer d’autres coopératives et de coopérer autour de projets audiovisuels : vidéo de présentation d’entreprise, reportage, clip, teaser, interview à une ou deux caméras, etc.

Et 2018 démarre sur des chapeaux de roues avec leur emménagement dans des locaux situés au 7 allées Paul Feuga à Toulouse.

« Nous étions dès le départ sensibles au projet coopératif qui nous permet d’être associées à parts égales, et de partager la gouvernance. Un modèle en parfaite adéquation avec nos valeurs et notre mode de fonctionnement. Un mode participatif et démocratique que nous appliquons aussi largement avec nos partenaires, depuis toujours. »

Des start-ups aux projets incroyables, un projet de recherche et développement européen, un groupe de presse, un institut de formation, un chantier éolien, des compagnies de théâtre ou encore des interprètes en langue des signes, Fanny et Céline travaillent dans des domaines très différents.

« Notre marque de fabrique : l’écoute, la synthèse et l’efficacité. Le jour du tournage, nous saurons vous coacher et vous interviewer pour vous aider à raconter votre histoire. Vous avez peur des caméras ? Tout va bien se passer. Nous saurons vous guider. C’est notre métier. »

* : 1er mars 1954. Castle Bravo explose au beau milieu du Pacifique. C’est la bombe H la plus puissante jamais testée par les États-Unis, l’équivalent de 1000 Hiroshima. À 200 kilomètres, les habitants de l’atoll de Rongelap regardent la poussière blanche tomber sur eux. Ce sont des retombées hautement radioactives. Ils n’ont pas été prévenus. Ils ne seront évacués que trois jours plus tard. Soixante-quatre ans se sont écoulés depuis ce jour. Aujourd’hui, une quarantaine de travailleurs reconstruisent des maisons sur l’atoll pour y habiter de nouveau. On leur a dit que l'île était décontaminée. Mais la plupart des descendants n'y croit pas. Ils vivent à des centaines de kilomètres, répartis sur les différents atolls des Îles Marshall.


Une femme qui vous a marquées ?

portrait_femme_web Nous n’oublierons jamais Lemeyo Abon qui vient de nous quitter après plus de 83 printemps… Elle avait 14 ans quand la bombe Bravo a explosé au-dessus des Iles Marshall, répandant sa “neige” radioactive sur sa terre natale. Nous l’avons rencontrée fin 2013 et garderons en mémoire son rire d’enfant, inébranlable malgré son témoignage d’une extrême gravité.










YOKWE FILMS
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Photo : Photo by Studio Le Carré

Écoumène Architecture, pour des projets clés en main

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L'agence Écoumène Architecture est née en 2009 à Bozouls, ville de transition entre le Nord Aveyron et le Ruthénois, de la rencontre de deux jeunes architectes Caroline Anglade-Delance et Amélie Couffignal, et d’un maître d’œuvre Philippe Rames.


« Dès le départ, nous nous sommes créés en Scop car le statut nous mettait tous les 3 sur un même pied d’égalité. Ainsi, toutes deux nous amenions nos compétences d’architectes, complémentaires, nos idées neuves, et Philippe apportait son expérience et son réseau. Le montage de la structure s’est fait naturellement et rapidement grâce au concours de l’URSCOP. Nous n’avions rien à perdre à tenter l’aventure. En effet, le lancement de notre activité ne nécessitait pas de gros investissements et nous étions soutenus par des confrères. » expliquent Caroline et Amélie.

Aveyronnaises, les deux associées se sont rencontrées lors de leurs études, toutes deux diplômées d’état en Architecture à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Toulouse (ENSAT), et sont habilitées à la maîtrise d’œuvre en nom propre (DE HMONP), avec l’envie de créer un projet dans leur département d’origine à la fin de leur cursus. Si Philippe a quitté l’aventure pour des motifs personnels en 2012, Caroline et Amélie n’ont eu de cesse de développer la structure en ouvrant de nouveaux marchés.

« Aujourd’hui, nous avons la chance d’œuvrer dans un domaine très divers où l’on peut toucher à tout, ce qui nous permet de découvrir de nombreux secteurs d’activités, tout en nous offrant la possibilité d’essayer de nouvelles choses, que ce soit avec les particuliers pour leur projet de maison individuelle, les commandes publiques ou encore les espaces professionnels tels que des commerces, bureaux, restaurants et bien d’autres projets d’entreprises… Construction neuve, rénovation, extension, design d’intérieur ou bâtiment classé, nous adaptons le style. »

Depuis près de 10 ans, Caroline et Amélie mènent de front leur carrière professionnelle et leur vie de maman. À la question si être une femme entrepreneure a été une chance ou un frein dans un milieu encore très masculin – si 60 % des effectifs en école d’architecture sont des femmes, elles ne représentent que 10 % des dirigeantes dans la branche - leur réponse témoigne d’aucune difficulté particulière.

« Nous avons su trouver notre place et nous épanouir dans cette aventure. Nous avons « juste » essayé, et nous nous sommes ainsi donné la possibilité de réussir. Ainsi, le départ de Philippe a été un événement révélateur car personne n’a remis en cause nos compétences. Notre légitimité s’est d’autant plus affirmée, avec comme ligne de mire la pérennité de la Scop. Être une femme peut même s’avérer être un atout sur les chantiers avec les artisans car nous sommes davantage dans le dialogue, l’écoute et la communication, et dépassons le cadre du rapport de force. »

Le fait d’entreprendre favorise d’autres initiatives comme le projet de Caroline de créer sur le territoire, autour de Bozouls, une école alternative, d’ici la fin de l’année ou début 2019. « Une douzaine de personnes sont actives dans cette nouvelle aventure où nous mutualisons nos compétences avec beaucoup d'enthousiasme. Aujourd’hui, nous sommes tous ensemble sur la bonne voie. »


Une femme qui vous inspire ?

portrait_femme_web « Il me vient immédiatement à l’esprit Jeanne d’Arc ! Une héroïne, qui n’a pas hésité à combattre et sacrifier sa vie pour ses idées, seule dans un monde de chevaliers. Elle ne s'est pas arrêtée à son image de jeune fille et est allée de l'avant. » - Caroline



 

 

 



ECOUMENE ARCHITECTURE

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Photo : à droite Amélie, à gauche Caroline

La Maille au Personnel, un savoir-faire d’exception

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Créée en janvier 2010 par 14 anciens salariés d’une société en dépôt de bilan, dont 7 associés, la Scop La Maille au Personnel, basée à Montredon Labessonnié dans le Tarn, peut être fière du chemin parcouru ! En effet, l’activité n’a cessé de se développer depuis et l’entreprise emploie désormais 32 personnes.


« Un bilan positif après presqu’une décennie, et de beaux projets à venir en 2018 ! Tout cela n’aurait pas été possible sans le soutien de nos partenaires, de nos clients de l’Habillement Haut de Gamme et du Technique, et de la Communauté de Communes du Montredonnais qui nous a permis de conserver nos emplois dans la bourgade. Notre objectif initial était d’investir dans une machine et d’embaucher une nouvelle personne par an, et nous avons doublé cet objectif ! » confie Magali Bèges, la dirigeante.

Reconnu Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) qui est un Label d'État, le confectionneur de maille 100% française tire son épingle du jeu notamment sur le secteur du luxe et du haut de gamme, auprès de clients prestigieux tels qu’Agnès B, Courrèges, Lacoste ou Balmain.

Spécialisée dans le tricotage « nouvelle génération » destiné à l’habillement et au technique, l’entreprise a également su innover dans de nouvelles techniques comme le tricotage sans couture ou en 3D, et ouvrir de nouveaux marchés tels que l’automobile, avec des projets sur les" concept- car" et l’ameublement.

« Après 8 années passées à la gérance, le temps est venu de passer le relais et transmettre témoin, afin de laisser le temps à la personne de mettre son empreinte, sans urgence ni précipitation. Pour cela, je vais accompagner la personne qui va me remplacer à ce titre, et je reste présente, comme collaboratrice et associée de la MAP. Cela s’anticipe !

En effet, lorsque nous nous sommes lancés dans cette aventure, le contexte était difficile après 2 dépôts de bilan, une forte concurrence étrangère dans un secteur textile très fragilisé. Nous étions une bonne équipe, passionnée par notre profession, et très attachée à notre société. C’est un vrai engagement de notre part, qui nous a demandé d’assumer bon nombre de responsabilités et de savoir prendre parfois quelques risques. C’est important donc aujourd’hui de pouvoir valoriser mon expérience, et de transmettre notre savoir-faire, notre savoir-être et notre savoir-porter !
»

D’après Magali, c’est surtout grâce à son métier de comptable, et son expérience que les associés lui ont demandé d'être leur pilote dans la reprise de l’entreprise en Scop, qui a inspiré confiance vis-à-vis des partenaires, clients et financiers. « Femme ou homme, qu’importe ! Il faut surtout convaincre les différentes parties prenantes de croire en nous et en notre projet, et leur prouver au quotidien qu’ils ont eu raison de faire le pari. Et pour cela, c’est important d’avoir des projets car ce sont eux qui nous font avancer dans la vie. »


Une femme emblématique ?

portrait_femme_web « Je pense tout de suite à Marie Curie, première femme à avoir reçu le Prix Nobel, et à ce jour la seule femme à en avoir reçu deux. S’impliquer dans les sciences, domaine exclusivement réservé aux hommes à l’époque, montrer sa détermination, son courage et avoir les capacités d’exceller. Son exemple doit nous inspirer. » - Magali


 

 

 




LA MAILLE AU PERSONNEL

Retrouvez pulls, plaids, coussins et layettes tricotés dans les ateliers tarnais sur le site de vente en ligne

Photo : les 7 mercenaires

ORQUE : 25 ans d'engagement

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ORQUE a été créée afin d’informer, former et accompagner les représentants des salariés dans les entreprises. Notre Scop a été agréée par le Ministère du travail comme experte sur les problématiques de santé, sécurité et Conditions de Travail depuis une dizaine d’années.


Agnès Dofny, la gérante, se souvient « J'étais alors en congés maternité pour mon 4ème enfant et mon employeur, un gros cabinet d’experts comptables et commissaires aux comptes spécialisé dans les missions dédiées aux comités d’entreprises, souhaitait mettre fin à notre « collaboration ». Convaincue de l’utilité d’agir sur le terrain des relations sociales et ayant croisé la route d’un juriste féru en droit du travail, nous avons rapidement décidé de créer notreactivité. Une rencontre avec un chargé de mission du Conseil Général (M. Valentino), m'a informée de l’existence d’entreprises fonctionnant sous statut Scop. En me renseignant sur cette forme d’entreprise, je me suis très vite rendu compte que l’objet de notre future entreprise correspondait parfaitement avec ce statut. Nous avons eu la grande chance de rencontrer Pierre-Georges Juskiewenski, alors chargé de mission à l’URSCOP, qui nous a accompagné dans la création de ce qui est devenu ORQUE, sans chercher à nous décourager au motif que nous nous créions hors de tout parrainage ou soutien syndical. Ayant investi l'intégralité des indemnités prud'homales et ce que nouspouvions mobiliser pour le démarrage de la Scop, l’aide apportée par le Conseil Général a permis de doubler notre apport, ce qui a renforcé notre trésorerie et nous a permis de traverser nos trois premières années. C’est la seule subvention que nous ayons touchée, notre chiffre d’affaires repose sur les prestations que nous proposons. Il a fallu batailler longtemps pour survivre et ne pas lâcher. »

ORQUE fait intervenir aujourd'hui 13 collaborateurs dont 5 sont associés. « La complémentarité de nos domaines de compétences nous permet de traiter des problématiques variées, de croiser différentes approches et analyses telles que celles apportées par des juristes spécialisés en droit du travail, experts comptables et commissaires aux comptes, experts auprès des CHSCT, ergonomes et psychologues du travail, analystes économiques et financiers. Toutes nos formations sont agréées, et les expertises produites dans les domaines de l'hygiène, la sécurité et les conditions de travail sont  suivies chaque année par le Ministère du Travail. »

Son chiffre d'affaires suit une progression régulière qui oscille entre 10 et 30% l’an avec un taux de rentabilité à deux chiffres ces dernières années, ce qui lui a permis de poursuivre son développement et d'ouvrir une agence à Paris, ainsi qu'un bureau à Lyon. La Scop aborde de l’intérieur des entreprises de tous secteurs d'activités (sous -traitants informatiques dans les domaines de l’aéronautique et du spatial, toute société prestataire de services, grande distribution, BTP, agroalimentaire, le secteur de la santé, du sanitaire et social...), et de toutes tailles.

« Nous avons entamé une réflexion sur le saut de génération afin de pérenniser ORQUE, et la qualité de services à laquelle nous sommes très attachés et qui fidélise nos clients. La transmission de la gouvernance est une étape délicate. Notre plus jeune associée, spécialiste en droit du travail et investie depuis 14 ans dans la coopérative, réalise actuellement un bilan de compétences approfondi afin de prendre en compte tous les paramètres de ce nouveau challenge. Car nous avons à cœur depuis le départ d'apporter la meilleure qualité de prestation à nos clients tout en respectant nos vies personnelles. »

Depuis 25 ans, ORQUE s'est donné pour objet de contribuer à la mise en valeur des ressources humaines à travers un dialogue social réel et un partenariat impliquant tous les acteurs.
Sa dénomination sociale, d'Organisation de Recherche pour la Qualité de l'Emploi en Europe, affiche l'ambition d'apporter une contribution significative aux entreprises dans lesquelles la Scop intervient.
Sa signature, Entreprise et Salariés, indique sa volonté de mettre en valeur le rôle des femmes et des hommes, quelle que soit leur pl ace et leur action au sein de l'Entreprise. Ils sont, non pas les « ressources » (humaines) de l'Entreprise, ils sont l'entreprise elle-même.

« Selon moi, il y a 2 sortes d'entrepreneurs : les conscients et les inconscients ! Moi-même je fais partie des inconscients, je ne mesurais pas à nos débuts tous les leviers qui allaient être engagés. À mes convictions personnelles portant sur le sens de la prestation, la réactivité, l'engagement, se sont ajoutés stress et fatigue au quotidien. Notre force, c'est d'être un collectif basé sur l’entraide. Comme souvent dans les entreprises de services, nous travaillons au fil des demandes et avons peu de temps pour partager nos situations respectives, mais nous sommes attentifs à chacun et savons interagir en cas de situation difficile à gérer. »


Une personne qui m'a amenée à ce que je fais aujourd'hui ?

« Mon père sans doute, qui était engagé dans le secteur de la sidérurgie. Depuis que je suis toute petite, je baigne dans les discussions portant sur l'engagement et le militantisme. Un milieu de travail au départ très masculin. Mais peu à peu, on a assisté à l'évolution de la définition des instances de représentation du personnel. Ainsi des femmes ont commencé à être cooptées à des postes de secrétaire d’instances de comité d’entreprise et/ ou de CHSCT. Contrairement à ce que pouvaient imaginer les hommes qui le plus souvent les élisaient, il ne s'agissait pas (seulement) de fonctions de secrétariat administratif consistant à taper les PV de réunions !

Chaque fois que nous croisons une nouvelle élue du personnel, nous lui portons une attention particulière afin de sécuriser son apprentissage en tant que pilote d'instance du personnel ; un vrai challenge de sportive de haut niveau quand il s’agit de se former au fonctionnement de l’instance, construire les ordres du jour des réunions avec le dirigeant, tenir une réunion et parler en public, animer l’équipe d’élus et tâcher de concilier vie professionnelle et vie personnelle. Un vrai défi et beaucoup de satisfaction, et parfois de désillusion, de constater le chemin parcouru quelques années plus tard.

C’est ainsi tout naturellement que notre coopérative porte également le projet de faire reconnaître le mandat d'élu en parcours de validation de compétences, réflexion menée de pair avec l'Université de Paul Sabatier. Et tout aussi naturellement nous participons à la vie du mouvement des Scop ! »
- Agnès


ORQUE

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